Samedi 18 août 2018
Lundi 18 novembre 2013

Pour un dialogue interconvictionnel au niveau européen : l’action du G3i

Pour un dialogue interconvictionnel au niveau européen : l’action du G3i Andreas Trepte, www.photo-natur.de

Le G3i est un groupe de réflexion et de pression international qui s’engage pour le dialogue interculturel et interconvictionnel en Europe. Les associations qui le composent sont issues des marges de l’Église catholique et des autres religions instituées, ainsi que de la nébuleuse des mouvements non confessionnels. Ce qui les rassemble, c’est la volonté de se rencontrer et d’échanger dans le respect et la reconnaissance mutuelle, loin des discours officiels, considérés comme trop limités et exclusifs, sur le dialogue interreligieux. C’est aussi la volonté de faire entendre d’autres voix que celles des autorités ecclésiastiques au sein des institutions européennes.

Le G3I, petit groupe international, interculturel et interconvictionnel, s’est réuni fin octobre en Alsace pour mettre au point une stratégie pour l’année 2014, année des élections européennes. Très actif au Conseil de l’Europe, à travers les interventions de ses différents membres (Femmes et Hommes, Egalité, Droits et Libertés dans les Eglises et les Sociétés — FHEDLES — ; Églises en Liberté ; Cercle Gaston Crémieux ; Fédération humaniste européenne…), le G3i cherche à asseoir et à élargir son influence au niveau de l’Union européenne (Commission et Parlement). La tâche est ardue, pour la simple raison que le dialogue de ces institutions avec les Églises est monopolisé depuis quelques années par les représentants officiels, pour la plupart conservateurs, des différents cultes reconnus. Ainsi, la Commission européenne n’accorde de l’attention qu’à la hiérarchie catholique, au détriment de tous les mouvements progressistes, prônant davantage d’ouverture, qui sont nés au cours des dernières années en dehors des structures perçues comme trop rigides de l’Église. Les courants éclos « sur le parvis », d’après la formule utilisée par certains d’entre eux.

« Le BEPA (Bureau des conseillers de politique européenne) a pour principale vocation de constituer une passerelle entre les décideurs politiques de la Commission européenne et les acteurs de la société qui peuvent contribuer utilement à l'élaboration des politiques européennes. À ce titre, il établit des liens entre la Commission européenne et, entre autres, les Églises et les communautés de conviction ». C’est ainsi que le BEPA se présente sur son site internet. En réalité, ses pratiques de consultation ne tiennent pas compte de toute la variété des mouvements religieux et non confessionnels. Surtout, le BEPA et la Commission n’encouragent pas, ou n’ont pas vocation à encourager le dialogue interconvictionnel : en effet, ils consultent séparément les Églises et les associations philosophiques non religieuses, rendant ainsi impossible les échanges et débats entre conceptions différentes. La diversité des convictions ne serait ainsi pas respectée, estiment d’aucuns, et ce manque de représentativité nuirait à la motivation citoyenne.

Le G3i aimerait raviver le projet visionnaire de Jacques Delors appelé Une âme pour l’Europe — lancé en 1994 et arrêté en 2004 à la demande de la Conférence des Églises européennes. Ce projet promeut le principe de l’interconvictionnalité comme un principe essentiel pour le bon fonctionnement de l’Europe de demain. Dans les semaines à venir, le G3i compte lancer un appel à ceux qui envisagent de s’engager dans la politique européenne au cours des années qui viennent. Tous devraient œuvrer pour faire progresser la démocratie participative dans le sens d’une meilleure représentation de tous les citoyens et de toutes les convictions. Dans cette perspective, le G3i incite les institutions européennes à proclamer solennellement le principe de l’interconvictionnalité et à instituer des espaces de consultation et de dialogue interconvictionnels dans l’esprit de ce que prévoient l’article 11 du Traité sur l’Union européenne et l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Le premier dit que « les institutions entretiennent un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile » ; le second énonce que « l’Union cherche à combattre toute discrimination fondée sur (…) la religion ou les convictions ». 

La démarche du G3i, qui privilégie les convictions personnelles et les courants informels au détriment des groupes et des organismes officiels, pose évidemment la question de la représentativité de ceux qui parlent dans la sphère publique au nom d’une religion ou d’une conception philosophique. D’une manière générale, il s’agit d’ailleurs de faciliter la mise en place d’une démocratie participative, articulée de façon constructive avec la démocratie représentative. Dans une perspective à plus long terme, le G3i demande que les institutions européennes soutiennent davantage l’éducation des jeunes à une citoyenneté responsable. La formation au dialogue interconvictionnel, notamment à travers internet, devrait en faire partie, dans le but de prévenir les conflits potentiels entre convictions religieuses et philosophiques. Pour le G3i, le principe de l’interconvictionnalité suppose le passage d’une attitude de simple « tolérance » entre « communautés » à une attitude de respect par rapport aux personnes et toutes leurs différences. L’objectif est d’établir des relations de « reconnaissance mutuelle », lesquelles seraient au fondement de tout vrai dialogue.

Monique Weis (ULB).

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